Ce qui va suivre nest pas un traité exhaustif sur le
RAW. Il sagit simplement dune sensibilisation à une technologie qui rebute, à tort, certains photographes amateurs.
Cependant, comme tout outil destiné à donner plus de contrôle à lutilisateur, des pré requis sont souhaités voire indispensables à la compréhension de la globalité de cet article.
Ne seront pas développées ici les notions dencodage RVB, de
balance des blancs, dhistogramme et de
bruit numérique.
1. Le RAW, quest-ce que cest ?
Cest un format de fichier qui enregistre dune part les données RVB brutes telles quacquises par le capteur et dautre part les valeurs des paramètres doptimisation du boîtier (balance des blancs, accentuation, saturation, etc.).
A linverse, des formats comme le JPEG ou le TIFF voient leurs données traitées dès la sortie du capteur. Les réglages du boîtier leur sont appliqués de manière destructive.
2. Quels sont les intérêts du RAW ?
2.1. On change tout
De ce qui vient dêtre dit découle une évidence : si les paramètres sont enregistrés à part dans le fichier, cest donc quon peut les modifier après la prise de vue.
Bien quil soit tout à fait possible dintervenir sur un JPEG ou un TIFF, les modifications seront toujours plus destructrices sur des données déjà traitées que sur un signal brut.
Il suffit dimaginer que lon doive appliquer un flou à une photo prise avec une accentuation trop forte. Que resterait-il du subtil piqué de notre objectif favori ? :thumbdown:
Cest encore plus vrai avec le paramètre de balance des blancs.
La balance des blancs impacte de façon profonde toutes les couleurs de la photo. Essayer de la corriger à partir dun JPEG nécessiterait lapplication de filtre de neutralisation (typiquement un bleu sur une image trop jaune à cause de léclairage incandescent). Cette neutralisation engendre une chute dramatique de la luminosité. Pour la compenser, il faut alors remonter les niveaux et inévitablement le bruit.
Toujours pas convaincu de lutilité du RAW ? Le meilleur reste à venir !
2.2. Exposition et dynamique
Attention, ce paragraphe va être un tantinet technique. On parle moins photo quinformatique.
En JPEG, les données sont codées à laide de 8 bits par couches. Quest-ce quun bit ? Une variable qui peut prendre les valeurs 0 ou 1 uniquement. Donc, avec 1 bit, jai la possibilité denregistrer 2 valeurs différentes au maximum (et une seule à la fois bien sûr).
Avec 2 bits, on passe à 4. Ah bon ? Et oui : 00, 01, 10 et 11.
Rassurez-vous, on ne va pas aller jusquà 8 bits
:laughing:
On est en système binaire. Pour « facilement » calculer le nombre de valeurs codables avec une série de bits, on élève le chiffre 2 (binaire) à la puissance du nombre de bits.
Nous disions donc quen JPEG, on code sur 8 bits. 2 puissance 8 (quon notera 2^8) = 256. Voilà, on sait maintenant que chaque pixel de la photo dispose de 256 valeurs pour exprimer sa luminosité dans chacune des 3 couches (RVB).
Le RAW code en 12, 14 voire 16 bits. Arrêtons-nous à 12, la valeur la plus répandue.
2^12 = 4096. Super ! Mais quel intérêt ? Cest principalement au niveau des teintes extrêmes que les bénéfices sont les plus flagrants. Pour comprendre cela, il faut savoir comment lappareil photo utilise les bits à sa disposition pour enregistrer linformation.
Pour commencer, il faut prendre en compte que chaque capteur possède une dynamique, quelle sexprime en « diaph » et que chaque diaph est codé sur un bit.
Le schéma ci-dessous montre que tous les tons ne sont pas égaux devant les bits.
Premier enseignement : la moitié des valeurs disponibles est utilisée par le premier diaph pour les hautes lumières ! (Voir chapitre 3.1 comment exploiter cette information).
Ensuite, il saute aux yeux que lhistogramme nest pas linéaire puisque on accorde la même largeur daffichage à 16 et à 2048 valeurs !
En ce qui concerne la comparaison entre le RAW et le JPEG, cest tout vu !
Examinons ce quil se passerait à haute sensibilité au niveau du 7e diaph. Le bruit numérique, sorte de parasitage du signal capturé, modifie les couleurs et la luminosité des valeurs enregistrées. Imaginons une modification minime de 2 valeurs. Sur un total de 32 possibilités, un écart de 2 nest pas catastrophique. Mais sur un maximum de 4 valeurs, la fidélité du signal en prend un sacré coup
Dernier point à préciser pour les plus perspicaces dentre vous : jai 8 diaph pour 12 bits. Y sont où les 4 bits qui restent ? Certainement pas sur lécran de votre boîtier préféré puisque lhistogramme quil présente est une interprétation JPEG du fichier RAW. Bref, que vous preniez la photo dans lun ou lautre format, lhistogramme est identique, donc faux en RAW ! :(
Les 4 bits supplémentaires se répartissent alors au-dessus et en dessous des limites de lhistogramme. On ne peut les retrouver quavec un logiciel de traitement RAW.
Les plus perspicaces des plus perspicaces cités plus haut se posent une nouvelle question : si je fignole mon exposition pour que mes tons les plus sombres et mes tons les plus clairs flirtent avec les limites basse et haute de lhistogramme, est-ce que jutilise la totalité de la dynamique mise à ma disposition ? Réponse au chapitre suivant
3. Tirer profit des avantages du RAW
3.1. ETTR et plus si affinités
On comprend rapidement que pour bénéficier dun maximum de valeurs de codage (et donc minimiser les ravages du bruit), il faut « coller » lhistogramme le plus à droite possible. Le risque est bien évidement une surexposition des photos, que lon corrigera dans un logiciel de retouche.
Cette technique est appelée « Expose to the right » ou « ETTR » (prononcez i-ti-ti-are pour briller en société). En Français, on parle dexposition pour les hautes lumières. Voici un exemple dhistogramme « ETTRisé » :
Rappelons que cette technique est utile pour amener les zones sombres où le bruit est très visible dans des plages de codage où il lest moins. Il nest pas indispensable de lappliquer sur toutes les photos à
ISO 100.
Elle est très pertinente en JPEG, éventuellement en RAW avec des capteurs à faible dynamique. Toutefois, en RAW avec des boîtiers plus récents, on se prive des précieux bits supplémentaires disponibles, en particulier ceux dédiés aux hautes lumières qui codent un grand nombre de valeurs. Il existe aussi des cas de scènes très contrastées où lETTR donnerait des photos beaucoup trop sous-exposées :
Pour accéder aux bits « cachés », il faut donc délibérément
cramer ses hautes lumières ! On les récupérera avec un logiciel de traitement RAW en sous-exposant (repoussant ainsi le bruit des zones sombres dans des valeurs non discernables par lil) ou en utilisant un algorithme spécifique de récupération des hautes lumières si les tons moyens sont correctement exposés.
Il faut cependant modérer un peu lenthousiasme qui vous étreint à la lecture de ses lignes : comme on ne voit pas sur lhistogramme quelle quantité dinformation bonus on a enregistré, la technique peut savérer périlleuse. En effet, la dynamique nest pas infinie. Il arrive un moment où les hautes lumières sont véritablement cramées. On joue donc avec le feu
Il ne faut pas perdre de vue que lhistogramme nest pas linéaire et que plus on va vers la droite, plus il y a de valeurs représentées dans un espace restreint.
Il existe néanmoins un moyen de sassurer que lon pourra récupérer les blancs surex : il suffit dafficher non plus lunique
histogramme blanc mais plutôt tous les histogrammes des composantes RVB. Si les hautes lumières sont brûlées sur les 3 histogrammes, on est sûr de rien. Par contre, sil en subsiste un sous la limite, dune part on peut penser que les valeurs des 2 autres ne sont pas allées bien loin et dautre part le logiciel de traitement RAW pourra reconstruire linformation.
Voilà, maintenant que vous connaissez ce quil faut de théorie pour exploiter au mieux lexposition de votre boîtier, il ne reste plus quà passer à la pratique.
3.2. Le double « développement » RAW
Dans la très grande majorité des cas, le traitement du RAW en vue dune conversion JPEG se passe très bien et on exulte chaque fois que lon sauve les hautes lumières grâce au curseur de récupération. Mais dautres fois, la dynamique est tellement énorme que lon ne parvient pas à récupérer du détail dans les hautes lumières sans enterrer totalement les ombres ou inversement.
La solution ressemble fort à ce que lon aurait fait à laide du
bracketing et un trépied. On va utiliser la formidable dynamique du RAW pour « développer » deux versions du même fichier. La première sera claire, pour ressortir les détails des ombres alors que lautre sera plus sombre pour ménager les détails des hautes lumières.
Lavantage du RAW cest que le cadrage de vos deux photos est le même au pixel près, que vous ne stockez quune seule photo sur la carte mémoire et bien entendu que vous ne vous trimbalez pas un trépied !
Voici en image ce que lon peut faire :
La photo de gauche est ce que lon obtiendrait de ce contre-jour si on exposait façon ETTR. Inexploitable.
La photo centrale est telle quelle a été prise, avec une sévère surexposition. La photo de droite est la résultante du mélange des deux, moyennant un petit réglage de densité du bleu du ciel pour essayer de conserver un aspect naturel. Personnellement, je trouve cette technique nettement plus convaincante que le
HDR. :whistling:
Conclusion
Voilà, la torture est terminée. ;) A vous de faire vos essais.
Ne pas utiliser le RAW, cest tout simplement brider son appareil photo et annuler ses chances de sauver une photo ratée pour cause de balance des blancs fausse ou dexposition mal gérée.
Bien sûr, il ny a pas que des avantages. La taille des fichiers, le fait quils ne puissent être lisibles avant dématriçage et le temps quil faut pour les traiter (et donc les rendre lisibles) sont autant de freins à son adoption. Mais rien noblique à prendre toutes ses photos en RAW. On pourra le réserver aux photos les plus intéressantes ou à celles à la dynamique délicate par exemple.
A nen pas douter, chacun y trouvera finalement son compte !
:hi: