Les invisibles sont devenus une minorité visible. Plus possible d'ignorer la « question noire » qui oblige la société française à se regarder dans une glace.
Les fantà´mes de la République par Ivan du Roy
Ils déplorent également l'indifférence – au-delà de l'éphémère médiatisation – face aux souffrances de centaines de migrants africains refoulés des portes de l'Europe vers le désert. « Toutes ces personnes ont une seule caractéristique commune : leur peau est noire », coà¯ncidence ?
Antiracisme ou communautarisme ?
« Nous en sommes encore aux couleurs de peaux, regrette l'écrivain antillais Patrick Chamoiseau. Il faut gagner mais dépasser très vite ce combat-là , car il est déjà archaà¯que. » Tel le miroir d'une société discriminatoire, le Cran risque d'enfermer les individus dans des catégories définies par la couleur. « La couleur n'est pas une catégorie naturelle mais une construction culturelle. Comment définir qui est noir ? Est-ce une catégorie qui irait des Antilles à l'Afrique en passant par l'Océanie ? Allez demander à un Tamoul s'il se sent noir ! Cela ne fait que renvoyer l'Afrique à un stade que l'on espérait avoir dépassé. Imaginez la même chose pour les Jaunes ou les Blancs. Cela ne me paraà®t pas très sain »
Aujourd'hui, c'est de nouveau un enjeu politique. » Une sorte de concurrence entre victimes du passé sombre de la France, qu'il soit colonialiste ou collaborationniste, menace aussi de se développer, comme l'ont montré les propos ambigus d'un Dieudonné. « Entre la Shoah et l'esclavage, ce n'est pas parce que l'on parle plus de l'un que l'on évoque moins l'autre. Il faut parler beaucoup des deux...
« Discriminées à l'embauche, au logement, à la santé, à l'école et aux loisirs, les personnes issues des colonies, anciennes ou actuelles, et de l'immigration post-coloniale sont les premières victimes de l'exclusion sociale et de la précarisation »
Discriminations raciales ou inégalités sociales ?
C'est d'abord parce que les gens sont pauvres qu'ils n'ont pas accès au logement. Un Noir qui gagne trois fois plus qu'un Blanc aura plus de chances d'obtenir un appartement. Mais à revenus similaires, ce sera le Blanc.
Les revendications des classes moyennes et aisées noires – avoir une place au sein de l'élite, que ce soit dans les conseils d'administration des entreprises ou parmi les élus – sont bien éloignées de celles des jeunes des classes populaires reléguées en périphérie.
Instaurer des quotas ?
La discrimination positive est un système pervers qui permet de ne rien changer sur le fond. Certains dirigeants d'entreprises n'ont aucun scrupule à demander, d'un cà´té plus de précarité et de flexibilité et, de l'autre, à dire qu'il faut plus de diversité »
L'accès à la citoyenneté passe par la confiance en soi. En changeant la manière dont on montre les Noirs dans les novelas ou dans la pub, on changera la vision que cette population a d'elle-même. Et on pourra réduire le fossé social. »
Il faudra dépasser le stade de l'alibi coloré...
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